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samedi 24 janvier 2026

Portraits de lectrices en demi-teinte

 



    Ce week-end ont lieu partout en France les nuits de la lecture. Une initiative qui donne la part belle à la lecture à voix haute et offre les mots à l'oreille comme on offrirait des chocolats au palais. A la radio, dans les quotidiens, c'est l'occasion de dresser un bilan sur la lecture. Je n'ai pas envie aujourd'hui de parler de la baisse des ventes en librairie après une embellie pendant la pandémie du Covid. Ni de la difficulté à faire lire mes élèves adolescents. 

    Deux trajets en bus, hier matin, ont nourri l'idée de cette chronique. J'ai bien souvent un livre dans les mains lorsque, chaque samedi, je prends le bus pour me rendre à un cours de danse. A l'aller - huit heures trente - peu de voyageurs. Quelques-uns somnolent encore ou laissent aller leurs pensées au gré du trajet, d'autres sont rivés à leur téléphone portable. Hier, sitôt montée, une fillette d'une dizaine d'années demande à sa mère son livre. Je me réjouis déjà. Et l'enfant de s'accaparer d'un album de manga. Dépitée, je songe alors à ma propre enfance, à tous ces mots que j'apprenais dans la collection de la bibliothèque rose ou verte. Je me souviens dans quel roman j'ai découvert blague à tabac, loup de mer, contrebandier et numismate ! Je me revois m'émouvoir des leçons de morale de la comtesse de Ségur, de la bonté de ses personnages dans l'Ange GardienAu retour, je vois monter deux femmes dont une, quadragénaire à la voix tonitruante, assez vulgaire dans la tonalité et le propos qui, à peine assise, dégaine son téléphone portable, braille un bref "On est dans le bus!".  Ce qui m'amène à cette idée à laquelle je n'avais jusqu'alors jamais pensé. Quand l'usage des mots n'est pas aisé pour certains, comment envoyer des sms? Mais voilà que ma remuante voisine intime à sa compagne de se taire, farfouille dans son sac, en sort un livre qu'elle ouvre promptement à mi volume et se plonge avec une application non feinte dans la page. In petto, je ris de mon préjugé! Que lit-elle? Je n'ai saisi de la couverture qu'un rose fuchsia à rayures blanches. Une quelconque romance sans doute. Ma lectrice a tordu le livre en joignant la première et la quatrième de couverture dos à dos. Du titre, je n'aurai le temps d'apercevoir que le mot meurtre. Toute à mon observation, j'ai oublié de descendre du bus à l'arrêt voulu. 

lundi 29 décembre 2025

La liste de la honte

 


         « Quand il eut terminé le livre qui l’avait accompagné ces derniers soirs, satisfait, il prit dans le tiroir de sa table de chevet sa « liste de la honte ». C’était un inventaire d’environ cent cinquante classiques que tout le monde affirmait avoir lus et relus, mentant honteusement. Marzio ne faisait pas exception. »

         Je viens de lire ces jours-ci un charmant roman policier (Je n’en lis guère plus d’un ou deux par an), La librairie des chats noirs[1]. Dans ce roman, Marzio le principal protagoniste est libraire et il s’est amusé à dresser la liste des classiques qu’à sa grande honte il n’a pas lus. La liste, bien sûr, n’est pas donnée aux lecteurs de ce polar, sinon quelques titres parmi lesquels tout lecteur un tant soit peu au fait de la grande littérature européenne peut sourire en découvrant Le Rouge et le Noir, Ulysse, L’homme sans qualité, et Les quatre filles du docteur March et Les Buddenbrook. Ce clin d’œil à la gloire des classiques m’a beaucoup amusée et a nourri un sentiment de honte (comme quoi !) car j’étais incapable de mettre un nom d’écrivain sur Les Buddenbrook bien que le titre ne me fût pas inconnu. Vérification faite (merci Wikipédia !), il s’agit de Thomas Mann. C’est que je n’ai jamais lu Thomas Mann. Donc pas ouvert non plus La montagne magique dont le tire m’est pourtant familier. Nos yeux absorbent des titres de couvertures chez les libraires et ma formation littéraire universitaire y est aussi sans doute pour quelque chose. Alors voilà de quoi commencer ma propre liste de la honte. Aurait-elle cent cinquante références ?  Assurément non. Quoique cela dépend de ce que l’on fait entrer dans la catégorie classique. Des romans récents sont devenus des classiques.

          La liste est subjective. Quelqu’un m’a donné un jour un florilège des 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie[2]. Sans doute se sentait-il arrivé à un âge où il avait un tel détachement de tout qu’il ne s’estimait plus être un marathonien de la lecture, si tant est qu’il ait lu beaucoup de romans, préférant l’Histoire. Et plus cruellement, la cécité du grand âge le gagnant l’obligeait à un certain renoncement. Alors que j’ai bien entamé la moitié d’un siècle en bougies soufflées, la question de mon propre parcours de lectrice me titille. Ne plus voir clair pour lire serait pour moi la plus affreuse invalidité de la vieillesse. Mais j’ai encore, heureusement, de la marge et de belles années devant moi à pouvoir dévorer du papier ! Et il ne faut point songer à ce que disait Umberto Ecco, plein de clairvoyance et de résignation, dans un entretien avec Jean-Claude Carrière si ma mémoire ne me fait pas défaut. « Il y a plus de livres dans le monde que d'heures pendant lesquelles nous les lirons. »

         Alors si moi aussi je dressais cette liste de la honte, quels titres y mettrais-je ? En voici quelques-uns qui me viennent spontanément à l’esprit, outre l’œuvre de Thomas Mann susnommé :

Ulysse de James JOYCE, L’homme sans qualité de Robert MUSIL, Les frères Karamazov de Fedor DOSTOÏEVSKI, Guerre et paix de Léon TOLSTOÏ, Gargantua et Pantagruel (in extenso) de François RABELAIS, La vie mode d’emploi de Georges PEREC, Le bruit et la fureur de William FAULKNER, Tess d’Urberville de Thomas HARDY, Le roi Lear de William SHAKESPEARE, Frankenstein de Mary SHELLEY.

          Loin de jouer les fausses modestes, je m’arrête là parce que je sèche. Et surtout je m’aperçois que je ne cite que des auteurs occidentaux. Quid des écrivains de langue arabe ? (J’aurais pu citer Le Livre des jours de Taha Hussein si je ne l’avais pas lu il y a peut-être trente ans. Remarquable et émouvant !) Quid des Japonais ? (J’ai lu quelques Kawabata) Et tant d’autres…. Le monde des lettres est vaste et nous le restreignons souvent à la littérature occidentale.

         Enfin, si j’avais dressé une liste avant le confinement, j’aurais ajouté Belle du seigneur d’Albert COHEN et Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand CELINE. Comme quoi il n’est jamais trop tard pour me plonger dans les incontournables ! Et loin de moi l’idée d’avoir honte. On apprend et on découvre à tout âge.

 

 

 



[1] Piergiorgio PULIXI La librairie des chats noirs, Editions Totem 2025, page 103.

[2] Les 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie, Editions Flammarion, 2007, ouvrage réalisé sous la direction de Peter Boxall


lundi 8 décembre 2025

 

                                                   Crèche italienne  Rome Hiver 2023-2024

                Il y a une dizaine de jours, la crèche du marché de noël de ma ville a été saccagée, la figurine de l’Enfant Jésus a été décapitée. Les vandales ont, semble-t-il, été identifiés grâce aux caméras de surveillance du site. La crèche, à l’initiative de l’association des commerçants, est en effet installée au cœur des chalets d’exposition de produits, avec le portail de la Vierge dorée de la cathédrale en arrière-plan. Immuable symbole de la Nativité, humble et discret dans cette effervescence commerciale, la crèche, qu’elle soit dans une église, dans l’intimité d’un foyer, dans le hall d’une école catholique, sur la place publique, en France ou ailleurs dans le monde, rappelle qu’elle est la raison d’être de la fête de Noël. La vague d’indignation et de désarroi véhiculée par les réseaux sociaux à l’annonce de cet acte infâme montre à quel point de nombreuses personnes – loin d’être catholiques pratiquantes pour la plupart – vouent un affectueux respect à ces scènes de la Nativité au nom de la tradition. C’est que l’Enfant Jésus dans sa mangeoire devant l’âne et le bœuf n’illustre pas un quelconque gentil récit pour les enfants.

         La crèche, bien sûr, ramène beaucoup d’adultes à leur enfance, à la magie de Noël, aux cadeaux et douceurs. Elle est l’histoire qui a bercé des générations d’enfants avec des sujets miniatures en bois ou terre cuite que l’on manipule avec délicatesse, avec une odeur de paille que chauffe parfois un lumignon fiché au-dessus de la mangeoire. Elle est un catéchisme simple et concret, à hauteur d’enfant, dans les foyers où l’on prie au quotidien comme dans les familles où l’on invite Dieu chez soi au moins une fois par an, au nom de la tradition et d’un reliquat d’éducation religieuse qu’on n’a pas renié totalement.

         C’est pourquoi la crèche est universelle et intemporelle, cyclique et toujours nouvelle dans le temps liturgique. Elle est le message absolu de l’Amour et de l’Espérance, de de la paix, de la compassion, de la douceur, de l’humilité, de la patience également. Elle a la figure de l’amour des parents pour leurs enfants. Elle est aussi celle de la pauvreté chassée ou ignorée des puissants. La crèche est un temps suspendu dans un monde mouvant, incertain, incohérent et souvent violent. Simple bergerie ou grotte naturelle, elle est le point de convergence de peuples qui se mettent en marche pour aller à la rencontre du Fils de l'Homme, Sauveur du monde, peuples de tous horizons qu’ont d’abord incarnés les Rois Mages et derrière lesquels cheminent, chaque noël, des millions de chrétiens.

         Enfin, la crèche – je devrais dire les crèches – est un artisanat, une expression concrète de la foi : crèches vivantes à la manière de celle de Saint François d’Assise, crèches provençales et leurs santons qui composent tout un village avec leur meunier, le joueur de galoubet, la lavandière, la tisserande et le maréchal-ferrant, crèches napolitaines avec leurs cabarets et joueurs de cartes, crèches en feuilles de maïs tressé, en céramique, en bois sculpté, en crochet, en plâtre colorié, crèches bricolées à la maison avec quelques écorces d’arbre ou du papier rocher, crèches de Playmobil. Les crèches, par leur diversité, vivent avec les hommes et leur temps, avec leurs talents, avec l’indigence ou l’opulence des matériaux qui leur sont disponibles. Mais quelle que soit sa forme, sa taille, sa mise en scène, la crèche est UNE. Elle est ce fait inouï de Dieu fait homme dans ce qu’il a de plus vulnérable, un bébé, et de plus inébranlable, l’Amour.


samedi 8 novembre 2025

Des mots pour effacer la barbarie

 

                  Sergio Ferro, exposition Chemins de croix (Prieuré d'Airaines, Somme, juillet 2025) 

         Lorsque Cécile Kohler a été libérée, ai-je entendu à la radio, elle a très rapidement demandé du papier pour fixer les poèmes qu’elle avait écrits mentalement durant sa captivité et qu’elle se répétait certainement pas tant pour les retenir que pour se sentir encore en vie et résister à la barbarie. Elle avait demandé à ses geôliers du papier et un crayon, ce qu’on lui a refusé. L’obscurantisme redoute la pluralité des savoirs, les mots d’autrui, la beauté et l’humanité que les arts et la littérature sèment dans les têtes et dans les cœurs. Ses sinistres adeptes vouent une haine irréversible à tout discours qui échappe à leurs convictions mortifères.

         Certains rescapés des camps de concentration nazis ont témoigné avoir tenu quotidiennement dans cet enfer par la force de leurs prières ou des poèmes qui habitaient leur âme.

         Tant qu’un être humain garde sa capacité à penser, rien ni personne ne peut lui ôter les flots de mots, les phrases étendards, les bribes de paroles des êtres chers gardées en mémoire, le souvenir d’une scène de roman. Les mots bons, intelligents, jolis pansent. Les mots mauvais sont le terreau bourbeux du harcèlement et de la haine ; ils blessent ou tuent. Les mots courageux, lucides, pourfendeurs d'injustices conduisent encore trop souvent les meilleurs ambassadeurs du verbe – écrivains et journalistes – à la prison quand ils ne sont pas exécutés.

         Je dédie cette chronique à Anna Politkovskaïa[1] et Boualem Sansal[2].

        



[1] Journaliste russe, assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou dans le hall de son immeuble.

[2] Ecrivain franco-algérien incarcéré en Algérie depuis le 16 novembre 2024 et condamné le 27 mars 2025 à cinq ans de prison.  


mercredi 29 octobre 2025

Haut en couleur

 


                                  Source: site Internet Petits Rêves -Décoration intérieure

 

         Enfant, j’étais fascinée par les nuanciers de catalogues de laine que recevait ma mère. Les dégradés de couleurs, les nuances de verts, de bleus, de roses nourrissaient mon œil gourmand et j’aimais sentir le contact des fibres entre mes doigts pincés. À chaque couleur correspondait un nom évocateur. Si le bleu azur et le jaune citron m’étaient familiers, les couleurs lichen, brouillard, bergamote, safran, amarante, béryl, vif-argent, céladon, tommette, curaçao suscitaient ma curiosité et attisaient mon goût prononcé pour les mots. Mes joies de lectrice doivent beaucoup à l’entreprise Bergère de France, un nom qui est d’ailleurs à lui seul bien suggestif. Comme quoi une vocation de professeur de lettres et d’écrivain peut se nicher dans des détails inattendus. Mon engouement pour le lexique des couleurs n’a point faibli avec les années : Le dico des mots de la couleur[1] et les ouvrages de l’historien Michel Pastoureau ont remplacé les catalogues de laine. Mais il suffit que j’entre dans un magasin de bricolage pour qu’on me retrouve dans le rayon des peintures où happer à loisir mots et carrés colorés. Sans rivaliser ici avec le dictionnaire susnommé, je ne résiste pas à agrémenter cette chronique d’une pléiade de couleurs derrière lesquelles se cachent souvent une personne célèbre comme le rose Pompadour, le bleu Colette ou le bleu Klein, une histoire ou une époque… le prince de turquoise des Aztèques qui nommaient ainsi la couleur du soleil, le désobligeant poil de carotte, l’appétissant vert Chartreuse, le vert-de-gris si tragiquement connoté depuis la seconde guerre mondiale. Associer mots et couleurs, c’est jouer avec les correspondances, ce qui fait qu’un mauve est souvent lilas, un rose profond framboise, un rouge rubis, un marron chocolat. Mais nos ancêtres furent grands pourvoyeurs de noms les plus saugrenus qui soient. Le rose cuisse-de-nymphe émue est célèbre et remonterait au XVIème siècle où l’on était friand de noms étranges pour nommer les couleurs et que le XVIIIème siècle reprendra ad libitum en cette époque où la frivolité vestimentaire atteint son apogée à la cour de Louis XVI. Rose Bertin, la modiste de Marie-Antoinette[2], déclina à l’envi dans ses créations un éventail de couleurs à faire tourner les têtes perruquées de ces dames. À la profusion de tissus qu’offrait le développement de l’industrie textile on associa des couleurs aujourd’hui tombées en désuétude et qui n'eurent de gloire que le temps d’une saison de mode. Ainsi sont passés le bleu dragon de Suède, le bleu prunelle de reine, le bleu véronique, le rose carmélite (!) et des couleurs dont on ignore la teinte : soupir de Vénus, oiseau-de-paradis, péché mortel, agitation momentanée, baise-moi-ma-mignonne, désir marqué, Espagnol malade, ventre de nonnain. Est-ce à croire que sous les belles toilettes la vermine sautait et piquait les chairs pommadées ? Toujours est-il qu’il y eut une période où la jaquette de ces gentilhommes et les robes de ces dames étaient vieille ou jeune puce, dos de puce, intérieur de cuisse de puce ou ventre-de-puce en fièvre de lait ! Un vrai festival de couleurs. Un assujettissement à la mode où les couturières ferraient la vanité des grands. Et il n’est point d’aristocratie sans blasons. L’héraldique a ses couleurs mais c’est là une autre science où je suis bien moins savante. Aussi n’irai-je point me perdre dans les gueules, les sables et les sinoples.  



[1] GUILLEMARD Colette, Le Dico des mots de la couleur Editions Seuil, Collection Les dicos de Point Virgule (1998)

[2] GUENNEC Catherine, La modiste de la reine, éditions Jean-Claude Lattès (2004)


samedi 11 octobre 2025

Lecture et dédicace

   

      Retrouvez-moi mercredi 15 octobre à 18h30 à la librairie Pages d'encre 

                               9 rue des chaudronniers - AMIENS



dimanche 28 septembre 2025

Quand les fous applaudissent

 

        


    La semaine qui vient de s’écouler dans le vaste monde est toujours autant secouée par les atrocités des guerres, des violences de toutes sortes, les vilénies et incivilités. D’une journée de funérailles outre-Atlantique – certes triste car personne ne devrait mourir assassiné pour ses idées, quelles qu’elles soient – à celle d’un procès très médiatisé dans l’hexagone et au-delà, j’ai alors pensé à ces quelques mots qu’Erasme écrivait dans Eloge de la folie[1] et qui sonnaient avec une acuité sans fausse note dans l’air du temps. J’ai recherché dans l’un de mes carnets de notes qui m’accompagnent au jour le jour les mots exacts du philosophe hollandais. Ils pourraient avoir été écrits aujourd’hui : « Moins ils ont de talent, plus ils ont d’orgueil, de vanité, d’arrogance. Tous ces fous trouvent cependant d’autres fous qui les applaudissent. » Quand on n’est guère du côté des fous qui applaudissent, quand on n’est pas non plus du côté des langues qui vilipendent, tout contents d’être sur le trottoir d’en face, quand on est juste de ceux qui s’affligent des paroles sans raison, des actes sans moralité, on reste médusés et on va chercher loin, au fond de sa conscience ou de ses prières, de l’optimisme et une espérance pour l’avenir. Et l’on est aussi tenté de refermer les volets de notre maison ou Datcha pour ne pas entendre les rumeurs du monde et savourer un thé avec un bon bouquin.



[1] Erasme, Eloge de la folie (1509)


samedi 20 septembre 2025

Patrimoine de village

 



         Une portion de la route qui me permet de me rendre au collège rural où j’enseigne est actuellement en travaux et la déviation me fait passer par une sinueuse route de campagne laquelle descend dans un vallon, si tant est qu’on puisse attribuer à la Picardie un relief aussi marqué. Champs et pâturages côtoient des bosquets qui, déjà, virent au roux par petites touches dans le vert fatigué et mat des feuillus. Ma voiture entame une descente entre deux rangées d’arbres qui façonnent une allée cavalière à l’orée du parc d’un majestueux château du XVIIIe siècle en face duquel se dressent les murs de briques et pierres d’une ferme qui peut s’enorgueillir d’un imposant pigeonnier en forme de porche, signe patent de la richesse du domaine autrefois. Le village ne manque pas de charme non plus car il a conservé plusieurs longères picardes nichées au fond d’une cour et qu’on aperçoit furtivement lorsque le portail de la grange qui borde la route est ouverte. Façade, pour l’une, en torchis passé à la chaux sur lequel se découpent les boiseries vert vif, comme cela était encore typique dans la région il y a une cinquantaine d’années. Façade, pour l’autre, bardée de planches. Ou encore celle, aux nuances de beige, basse et engoncée dans sa courette, calée en angle droit au mur coquettement restauré de ce qui fut autrefois la porcherie et l’étable.

         Les week-ends du patrimoine mettent à l’honneur monuments privés et publics, demeures d’écrivains et de personnes célèbres. Des villages pittoresques accèdent aux happy few des Plus beaux villages français. Comment ne pas tomber effectivement sous le charme des bourgades alsaciennes, d’un Luberon semé de hameaux restaurés ou d’une poignée de maisons bretonnes recroquevillées sur un petit port où la houle berce des chalutiers ? Les villages picards, à quelques exceptions près, n’ont pas d’unité architecturale. La fragilité du matériau – le torchis –, la saignée des guerres, voire la pauvreté ont signé le déclin et la destruction des fermettes locales.  Le bâti y est hétéroclite, insignifiant mais dans ce bric-à-brac de constructions au milieu duquel l’église a su rester jolie quand elle n’est pas du XIXe ou d’après-guerre, on peut parfois trouver une modeste demeure au charme désuet. Mes trajets quotidiens, ces jours-ci, qui me font sillonner la rue principale de ce village des bords de Noye, m’offrent ces plaisirs fugaces à happer ces traces d’un passé honoré, cet habitat modeste d’hier de la paysannerie laborieuse. Et montent en moi des images de mes maisons d’autrefois, dont celles des arrière-grands-parents: longère aux volets vert sapin, aux tomettes brunes et rideaux de crochet aux fenêtres, vaste maison cossue aux plafonds hauts, au carrelage à damier noir et blanc et manteau de cheminée garni de barbotines et chandeliers. Mes maisons d’hier ou d’aujourd’hui, amicales ou familiales, portent souvent un, deux ou trois siècles sur leurs solives. Nobles ou modestes, elles ont vu passer le laboureur picard, les chasses aristocratiques, le vigneron sancerrois ou le fier Vendéen. Elles ont couvé des joies et des peines. Elles sont pleinement ce patrimoine intime qui ne s’efface pas tout à fait avec le temps, tant que durent les souvenirs.

          

 


mercredi 10 septembre 2025

Ce que deviennent les jours

 



 Ce que deviennent les jours

 

Ce que deviennent les jours

Dans le pressoir du temps

Inexorable

Est-il seulement affaire de mémoire

La battue des heures

Écrase des mottes

Quand on a soufflé la fleur de pissenlit

Il est déjà trop tard

Le passé a les genoux écorchés

On ferait volontiers de petits paquets

D’ecchymoses de larmes de cœur gros

De joies bégnines

De déchirures ou d’amertumes

À caler entre les menus bonheurs

L’odeur des draps propres

Le ronron du vieux frigo

Dans nos anciens matins chocolat chaud

La poussière des craies

Nos soucis d’écoliers

Le tout bien plié

Expédié

Retour à l’envoyeur

Motif

N’habite plus à l’adresse indiquée.

 

Nathalie BONIFACE-MERCIER, Origami, Editions Unicité (2025)


samedi 30 août 2025

Album sans photos

 



Les derniers jours des vacances sont déjà loin et si près à la fois. L’ultime échappée belle s’est nourrie d’images, mais pas de celles qu’on épingle sur les réseaux sociaux. Parce que l’intime ne s’affiche pas. Parce qu’il y a des moments précieux, ténus ou volatiles que l’appareil photo ou le téléphone portable ne capte pas. Mon album des derniers jours d’été loin de chez moi est fait de musique : quelque part dans une petite église en Vendée, les voix magnifiques d’un chœur amateur chantant le Veni Creator, quelque part en Charente, dans le salon d’une maison de famille, une envolée majestueuse au piano d’un morceau de Keith Jarrett. Tournons les pages de mon album. Les couleurs déclinées au soleil levant, au cœur du jour ou au couchant : la prairie et les moutons devant les volets tout juste ouverts, le blanc irradiant de la robe de la mariée, le millefiori des têtes chapeautées, les teintes d’ocre du clocher du village. Il s’échappe des parfums de mon album : celle du foin accablé de chaleur, celle des chemins de terre au petit matin qui innervent la campagne charentaise. Il s’échappe des saveurs : douceurs du cocktail, tomates délicieuses et pêches du jardin, vin grenat savoureux. Mais je garde pour moi et les personnes aimées avec qui j’ai partagé tous ces moments l’essentiel, ce que la photographie ne capte pas, les mots glissés, murmurés, déclamés, chahutés par les rires ou l’émotion. Les mots qui disent de longues histoires, les mots des jeunes, les mots d’une vieille dame née dans cette lointaine et ancienne Indochine, les mots des prières à Notre Seigneur, les mots où l’on se confie, les mots des voix de ceux et celles avec qui j’ai vieilli, de près ou de loin, les mots des voix nouvelles et inconnues avec qui j’ai partagé un fragment de vie, une coupe à la main.

Un album bien garni, bien épais dans mes souvenirs et encore tout plein de pages vierges qui se rempliront au fil des ans.


mardi 19 août 2025

Quatrième anniversaire

 


Avec le mois d’août revient la date anniversaire de ce blog.  Quatre ans ! Quatre ans d’écriture plus ou moins féconde, plus ou moins régulière et 145 chroniques publiées depuis que la datcha a ouvert ses portes. Un rythme au ralenti cette année, semble-t-il. La faute à d’autres travaux d’écriture en cours ? Ou à celle de manquer d’inspiration parfois ? Comment trouver le sujet pertinent sans tomber dans le journal intime ni avoir la plume acerbe quand la bêtise du monde exacerbe la souffrance ? Rédiger des articles, qu’ils soient en phase avec l’actualité ou achroniques, légers ou sérieux, requiert une discipline. Cela a quelque chose du rendez-vous. J’ai sans doute un peu perdu en constance et, partant, en fidélité. Mon lectorat, pourtant, ne m’a pas lâchée et je m’en réjouis. En quatre ans d’existence, ce blog a franchi la barre des 10 000 visites. Un chiffre dérisoire au regard des milliers ou millions de followers de sites sur les réseaux sociaux, c’est vrai. Mais je l’assume. Dans un monde où tout et n’importe quoi se chiffre, quelle est encore la valeur d’un nombre ? Seul compte à mes yeux le plaisir de mes visiteurs à pousser le portillon de ma modeste datcha. Merci à vous. Seules comptent à mes yeux la rigueur et la sincérité de mon écriture. Pour vous. Pour moi.


jeudi 24 juillet 2025

Tablée estivale

 




[…] Chez Thérèse, on arrive comme on viendrait embrasser une grand-mère ou une grand-tante.  

– Entre. Je n’ai pas le temps de m’occuper de toi. Je suis avec Martin. (Dans le hall sombre d’une vieille maison, j’écarquille les yeux pour mettre un visage sur la voix déjà connue et sur une massive silhouette vêtue d’une longue tunique orange.) Voilà ta chambre, la salle de bain. Va à la cuisine. Prends ce que tu veux sur la table ou dans le frigo.

           Pas le temps de dire ouf. Ma prêtresse en toge safranée a disparu. Les étagères du couloir ploient de mille et unes choses abandonnées par une maîtresse de maison plus soucieuse d’accueillir et choyer des pèlerins que de confiner sa solitude de retraitée dans le rangement d’objets inertes, sarcophages du désœuvrement. Chez Thérèse, les papiers bruissent sur le buffet de cuisine, aux murs, les cadres, crucifix, posters, dessins et drapeaux nous font un clin d’œil. La maison est vouée à l’accueil, en témoignent les lits de camp alignés dans une pièce qui fut autrefois une salle à manger. Si besoin, ils seront dépliés pour un pèlerin tardif. Nul esprit mercantile ici. Simplement la maison du Bon Dieu. Sur la table de cuisine, je n’ai que l’embarras du choix : cinq ou six sortes de sirops, de l’antésite à la réglisse ou à la menthe, des fruits secs, des fruits frais, des biscuits, des bonbons. Au matin, les auront rejoints yaourts, sachets de thé, confitures, miel, œufs durs.

           Ma chambre jaune aux tables de chevet vert d’eau est une chambrée de nanas. Hélène, la Québécoise, Bénédicte et Claire, les deux amies instits. Mise en ordre des sacs, échange de potins, rédaction du carnet de route. Le bonheur s’est assis sur nos lits. On l’emmène dans la cuisine au dîner. Thérèse lève un toast et chante :

Tous les matins, nous prenons le chemin.

Tous les matins, nous allons plus loin.

Jour après jour, la route nous appelle.

C’est la voie de Compostelle.

Ultreïa ! Et suseïa ! Deos adjuva nos !   

          On reprend en chœur. Les filles de la chambre jaune et moi, Adrienne et Christiane, deux amies et le couple de Mulhouse. Et trinquent nos verres ! Et dansent nos fourchettes tandis que tournent les plats : olives onctueuses, gousses d’ail marinées et fondantes, rillettes, salade de crudités, larges tranches de mozzarella, risotto … non, vraiment, sans façon, Thérèse, on n’a plus faim pour la viande. Le plateau de fromage est riche mais la Québécoise, rassasiée, le boude poliment. Thérèse la rabroue :

– Ferme ton caquet, ma chérie, et goûte le bon fromage de France !

   Le vin est gouleyant. Nos mines sont gorgées de joie de vivre. Thérèse, entre deux verres, nous glisse que son médecin lui reproche de trop participer aux agapes quotidiennes avec ses pèlerins. Agapes qui ce soir s’achèvent sur des morceaux de melon trempés dans du floc, boisson alcoolisée traditionnelle de l’Armagnac.

 Nathalie BONIFACE-MERCIER Le Chemin des Veilleurs, Editions Unicité 2017 (pages 121 à 122; été 2009)

lundi 7 juillet 2025

Au seuil des grandes vacances

 

                                                  


Au seuil des grandes vacances, mon esprit est un méli-mélo de pensées. Se détacher peu à peu de ces visages et personnalités d’élèves qui ont été mon quotidien une année scolaire durant dans cette intimité de connivence et petites tensions. Alors que des images de paysages, de tablées de restaurants ou de maisons d’amis des étés précédents refont surface en moi et qu’un canevas d’images des voyages et découvertes à venir se tisse dans la griserie des envies, se glisse subrepticement un sentiment d’empathie pour quelques-uns de mes élèves qui ne partiront pas en vacances, ne verront ni la mer ni la montagne, n’auront peut-être même pas les joies simples d’une partie de pêche improvisée ou d’une balade à vélo dans la campagne, parce que la toile du web les retient dans ses filets de faux loisirs.

Au seuil des grandes vacances, la maison est à ranger, le jardin à désherber. Le tutu et les chaussons de danse ont rejoint le placard, la scène sous les projecteurs est déjà loin. Le cartable est vidé, le pot de fin d’année déjà passé, jamais le même au gré des départs et pourtant toujours semblable avec notre fatigue lancinante, les couloirs et le réfectoire rendus au silence.

Au seuil des grandes vacances, des chemins de terre se croisent dans ma tête, l’impatience de chausser les chaussures de randonnée. Des chemins d’écriture s’ouvrent à mon cerveau jamais en repos. Reprendre en main la Datcha dont la porte est toujours restée ouverte pour les nombreux de lecteurs venus picorer, leur mettre de nouveaux plats sur la table, de nouveaux bouquets dans les vases. Semer ci et là sur le papier des poèmes. Rouvrir le roman en cours. Prendre note de projets à venir. Contacter les organisateurs de salons, les bibliothèques, les libraires pour la promotion de mon recueil de poèmes Origami.

Au seuil des grandes vacances, savourer l’idée que des recettes à tester pourront être réalisées. Se sentir pousser des ailes de chef étoilé avant de s’accepter modeste gâte-sauce devant la casserole.

Au seuil des vacances, revenir de la campagne après un déjeuner familial et boire des yeux la lumière estivale de fin d’après-midi sur les champs de blé pas encore moissonnés et remuer en soi cette bienfaisante satisfaction d’une année scolaire achevée qui délivre enfin du vague à l’âme du dimanche soir.


mercredi 18 juin 2025

 




Je serai en dédicace au Marché de la poésie, place Saint-Sulpice à Paris, dimanche 22 juin 2025, sur le stand des Edictions Unicité pour la sortie de Origami, mon tout dernier recueil de poésie.


mardi 10 juin 2025

Carmen, enfant de bohème

 



Danse, opéra et littérature sont souvent de connivence. Carmen, bohémienne sans foi ni loi, séductrice impitoyable, cueille les cœurs au gré de ses caprices. Gare à qui se laisse prendre dans ses filets. Qui ne connaît Carmen ? Elle traverse les années, fête ses 180 ans[1] sans prendre une ride. Le 3 mars 1875, elle monte pour la première fois sur scène dans l’opéra de Georges Bizet, opéra le plus joué jusqu’à nos jours. Le 21 février 1949, le chorégraphe Roland Petit signe une flamboyante interprétation, toujours dansée à travers le monde. Je me souviens d’avoir vu, enfant, ce ballet donné au théâtre du Châtelet par la compagnie du Ballet National de Marseille. Un souvenir inoubliable ! La sauvage Carmencita n’a pas fini d’inspirer metteurs en scène et chorégraphes.

Sa célèbre habanera retentira samedi 14 juin 2025 sur la scène de Mégacité à Amiens (20 heures 30).

Elle écartait sa mantille afin de montrer ses épaules et un gros bouquet de cassie qui sortait de sa chemise. Elle avait encore une fleur de cassie dans le coin de la bouche, et elle s’avançait en se balançant sur ses hanches comme une pouliche du haras de Cordoue.[2]



[1] Octobre 1845 : parution de la nouvelle Carmen de Prosper Mérimée dans la Revue des deux mondes.

[2] Carmen, Prosper Mérimée, extrait du chapitre III, page 94 Livre de poche (1996)


vendredi 30 mai 2025

La muse verte a pris la poudre d'escampette

 

Dimanche 1er juin, j’ai la chance et la joie de participer à la clôture du Festival du Rayon Vers, festival de poésie de la région Hauts-de-France, dont les premières pousses et boutures sont à l’initiative des Éditions La Chouette Imprévue. Ce festival, durant tout le printemps, met à l’honneur la poésie par des lectures et spectacles ; tisse des liens entre des poètes français et belges (proximité géographique et linguistique) et les auditeurs, propose des ateliers d’écriture poétique. Grande première cette année, le musée de Picardie, à Amiens, nous ouvre ses portes pour une déambulation entre les œuvres au fil des vers. J’y lirai, l’après-midi, des extraits de L’Engrangeoir mais également d’autres poèmes. Pour l’occasion, j’avais taquiné la muse en musardant dans le musée et mon coup de cœur s’était porté sur un tableau d’Albert Maignan, La Muse verte. Muse séductrice et dévorante puisqu’il s’agit ici de l’absinthe, boisson appréciée des artistes du 19ème siècle mais qui, chez moi, n’a connu que le bout de mon crayon et pas trempé dans mon verre ! Or, hasard du calendrier, le musée prépare une exposition rétrospective sur l’œuvre du peintre Albert Maignan et ma Muse verte a donc pris la poudre d’escampette ! À défaut de pouvoir lire mon poème devant la demoiselle, le voici présenté à la Datcha.

                        La Muse verte  (1895) Albert Maignan, musée de Picardie 


 La muse verte

 

Je suis ta fuite

Ton orgueil

Ta solitude

Quand tu chavires

Vaisseau amer homme défait

Renversé par la lame de tes échecs

Je suis naïade

Je t’ensorcelle, je t’aspire, je t’étreins

Vouivre verte dans ton verre

Je te cède l’insaisissable ivresse

Te murmure des songes

Qui cognent

Je t’efface des horloges

Je suis ton exil des places habitées

Je suis ta douleur d’amour perdu

Je t’embrasse et te caresse

Je serpente en toi

Femme venin

Je me repais de ton abandon

Tu cherches les mots

Tu bâtis des chimères

Qui n’ont point loi de vers

Poète désarmé

Tu ris quand tu voudrais pleurer

Dans le ressac des illusions

Tu crois saisir ton destin

Et me résister

Mais je te voile les yeux

Écharpe d’organdi

Légère mais point volage

Et muse fidèle toujours je reste à tes côtés.

 

Nathalie Boniface-Mercier 

                                                      10 mai 2025

 


dimanche 18 mai 2025

Relecture d'épreuves

 



Au jardin, un couple de mésanges charbonnières virevolte du rosier au nichoir installé cet hiver, sous l’œil averti de Piccolo. Comment concilier mon amour des chats et des oiseaux ? Espérons que l’un n’aura pas la patte trop véloce et que les autres auront le battement d’ailes suffisamment vif.

Au bureau, les relectures multiples des épreuves d’un livre, avant de signer le bon à tirer, me demandent d’avoir des yeux de lynx pour chasser les coquilles plausibles.  En ces moments-là, le livre à venir n’est pas encore concret malgré l’image de couverture proposée par l’éditeur. Maquette. Mirage, presque. L’émotion est toujours là. Mais ce n’est plus la fièvre impatiente des premières fois. On sait attendre. On lit, on relit. Le texte finit par être désincarné. Des lettres, des mots comme des dessins, qui n’admettent pas le moindre écart. Je ne me suis jamais remise d’un de mes livres publiés quelques années plus tôt, truffé de fautes faites par un correcteur automatique d’orthographe - le comble ! -  alors que mon tapuscrit en était indemne. Malgré mon œil sagace et agacé à traquer ces irrévérencieuses bévues, j’en ai laissé filer deux ou trois, fatigue oblige, et de celles que j’avais signalées toutes n’avaient, hélas, pas été corrigées. Quel gâchis ! Un si bel ouvrage (je parle du livre en tant qu’objet), un travail d’écriture si long (plusieurs années de recherches et de rédaction). Mes chères princesses, vous m’avez vue bien désolée. Depuis, j’ai toujours ce pincement au cœur quand un livre est en cours de fabrication, quand bien même, heureusement, il y a des éditeurs très scrupuleux et en qui je peux avoir confiance. Un écrivain doit tant à ses éditeurs ; ils font la pluie et le beau temps sur le champ que l’auteur a longuement labouré et ensemencé.


samedi 19 avril 2025

Vitrine surprise

 




La surprise et la joie de découvrir la vitrine d’une librairie consacrée à la poésie où figure mon recueil L’Engrangeoir. Un grand merci à la Théière de la libraire d’Amiens qui assure si gentiment la promotion des ouvrages des éditions de La Chouette Imprévue. Mon Engrangeoir a encore de beaux jours devant lui ! Il a même été réédité en janvier dernier !

 



samedi 5 avril 2025

Muscaris, volcans et poésie

 



   

         C’en est fini des frimas ! Dans le jardin, les muscaris goûtent un soleil bien trop ardent pour la saison. Le climat brouille décidément ses cartes tandis que les remous du vaste monde, au-delà des mers, des frontières continuent de nous laisser pantois ou dépités quand ils ne nous révoltent pas. Sans compter, dans notre pays, le vacillement d’une piteuse dame en blazer bon genre du style arsenic sans vieille dentelle. Sans compter la dernière tirade d’un roi désormais nu sur scène et qui n’attendrit plus depuis qu’il a troqué son nez de Cyrano pour celui de Pinocchio. Pour ne pas sombrer dans l’accablement, accrochons-nous à la nature renaissante, à l’amitié, aux mots, qu’ils soient ceux de la prière, ceux des poèmes ou ceux des messages d’affection.  J’ai fait le choix, cette semaine, de fermer les yeux sur les vilénies de tout poil, j’ai ouvert les oreilles sur les mots bien semés dans nos mémoires. Une magnifique soirée de lectures croisées, offerte par le Festival du Rayon Vers, celle des poèmes de Béatrice Libert, admirablement mis en voix  par la poétesse elle-même, celle d’extraits de romans de Jules Verne dont le génie visionnaire avait su rendre avec une exactitude incroyable les éruptions volcaniques sans le secours d’images en live comme peuvent nous en offrir aujourd’hui photographies et caméras. Cette volcanique édition 2025 du Printemps des poètes est bien incandescente, pour notre plus grand plaisir.

         Alors vivons dans la confiance, armons-nous contre les maux d’ici-bas comme Béatrice Libert nous le dit si bien dans son poème[1] :

Le poème

Fait ses griffes

Sur l’écorce

De la vie

Puis il recoud

Nos phrases déchirées

Avec le coton muet

Des mots non dits



[1] Béatrice LIBERT, Visages de la grâce, Collection Jour & Nuit Editions Les Lieux-dits (2024)

samedi 15 mars 2025

Vivre d'eau fraîche et de poésie

 

Dans un article de la revue de poésie Tohu-Bohu consacré à la poétesse Colette Nys-Mazure, celle-ci déclare : « Je persiste à vivrelireécrire en un seul mot. » Je ferais bien mien cet adage – en ajoutant toutefois le verbe danser – mais le quotidien est souvent dévoré par le vivre, dans ce qu’il a de plus prosaïque. Verdict bien sévère, j’en conviens. Faut-il caser mon travail d’enseignante ou les heures de préparation des repas dans la part du prosaïque ? Parfois la routine gâte les nécessités heureuses ou confortables. Un emploi du temps chargé tous azimuts. Retenons toutefois ces trois heures sympathiques passées avec des étudiants du CROUS d’Amiens au cours d’un atelier d’écriture, fin février. « Écrire de la poésie, leur avais-je dit, ce n’est pas faire un Rubik’s cube, c’est plutôt jouer avec un kaléidoscope. La poésie est une infiltration dans le monde, une absorption du monde. Un réel transfiguré. »  Ce fut une très belle rencontre. Assidus déjà à la pratique de l’écriture, d’horizons divers, mes jeunes poètes ont tissé slam et poésie, confidences et anecdotes sur le métier à tisser de leur vie et ont partagé leurs écrits dans leur connivence et bienveillance de groupe soudé, passionné.

Et comme l’art et la poésie font bonne alliance, retenons aussi cette visite du musée d’Amiens sur le thème des femmes, 8 mars oblige, menée par une collègue de lettres classiques familière de ces lieux où elle travaille à temps partiel. Une parenthèse pleine de délicatesse et de beauté.




À l’agenda, salon du livre demain : Bondues. Où je suis heureuse de retourner tant cette manifestation est dynamique. Le salon du livre de Bondues fut l’un des premiers auxquels je participai il y a quinze quand venait de sortir mon recueil de nouvelles, Les souvenirs n’encombrent pas les placards. Les salons sont le verso du travail de l’écrivain. Au recto, les heures d’écriture dans la solitude.

 

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