Il y a quelques jours, encore dans l’avion,
je rentrais de Rome avec l’envie d’écrire sur cette ville extraordinaire qui, à
chacun de mes séjours, me devient plus familière. Une ville que je sillonne souvent
au hasard de mes pas et dans laquelle chaque via ou vicolo offre
une surprise, une merveille. Pousser la porte d’une église et découvrir des
fresques de Raphaël ou un tableau du Caravage ; lever les yeux vers une
fenêtre et croquer un pan de plafond à caissons Renaissance ; pénétrer sous
la porte cochère d’une propriété privée et être accueillie par une fontaine. Pourtant
ma plume s’arrête là. Plus prosaïquement, mes doigts restent suspendus au-dessus
du clavier. Je n’ai pas vraiment le cœur à parler maintenant d’insouciance, de
beauté. Les villes dans les pays en paix invitent les touristes. C’est même
devenu un phénomène mondial hallucinant et oppressant. Le spécimen touriste déferle
à tous moments dans l’année aux quatre coins de la planète. Derrière ce nom
générique, que de profils variés ! Consommateurs d’images sans
discernement, « piétineurs » de musées, acheteurs de gadgets made in
China, lettrés avertis, scrupuleux avaleurs de guides touristiques, curieux candides,
consciencieux suiveurs de voyages organisés, étudiants férus d’une culture ou d’une
langue, amoureux flâneurs … Que l’on soit l’un ou l’autre, que l’on soit
partiellement l’un et l’autre, nous baguenaudons, insouciants, dans une ville
étrangère.
Mais il y a, dans le monde, des villes
qui ne reçoivent plus les touristes parce qu’un régime infâme a verrouillé ses
frontières. Parfois même dynamité ses trésors. Et il y a, dans le monde, des
villes qui basculent brutalement dans l’horreur de la guerre. Villes du Moyen-Orient
que des Occidentaux découvrent avec effroi et compassion à travers les écrans
de leur télévision ou de leur portable. Je ne les cite pas parce qu’elles sont
sur toutes les lèvres et qu’elles rejoignent celles que nous n’oublions pas.
Kiev, Marioupol (Ukraine), Khartoum (Soudan), Sanaa (Yémen) et tant d’autres. En
écrivant ces mots, j’ai une pensée particulière pour Beyrouth et le Liban tout
entier où j’ai de bons souvenirs, où vivent des proches de mes amis, de mes
voisins. Je pense aussi à une ancienne collègue dont la belle-famille est à
Téhéran. L’empathie n’a pas de frontières.

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