samedi 7 mars 2026

L'empathie n'a pas de frontières

 

     

  

        Il y a quelques jours, encore dans l’avion, je rentrais de Rome avec l’envie d’écrire sur cette ville extraordinaire qui, à chacun de mes séjours, me devient plus familière. Une ville que je sillonne souvent au hasard de mes pas et dans laquelle chaque via ou vicolo offre une surprise, une merveille. Pousser la porte d’une église et découvrir des fresques de Raphaël ou un tableau du Caravage ; lever les yeux vers une fenêtre et croquer un pan de plafond à caissons Renaissance ; pénétrer sous la porte cochère d’une propriété privée et être accueillie par une fontaine. Pourtant ma plume s’arrête là. Plus prosaïquement, mes doigts restent suspendus au-dessus du clavier. Je n’ai pas vraiment le cœur à parler maintenant d’insouciance, de beauté. Les villes dans les pays en paix invitent les touristes. C’est même devenu un phénomène mondial hallucinant et oppressant. Le spécimen touriste déferle à tous moments dans l’année aux quatre coins de la planète. Derrière ce nom générique, que de profils variés ! Consommateurs d’images sans discernement, « piétineurs » de musées, acheteurs de gadgets made in China, lettrés avertis, scrupuleux avaleurs de guides touristiques, curieux candides, consciencieux suiveurs de voyages organisés, étudiants férus d’une culture ou d’une langue, amoureux flâneurs … Que l’on soit l’un ou l’autre, que l’on soit partiellement l’un et l’autre, nous baguenaudons, insouciants, dans une ville étrangère.

         Mais il y a, dans le monde, des villes qui ne reçoivent plus les touristes parce qu’un régime infâme a verrouillé ses frontières. Parfois même dynamité ses trésors. Et il y a, dans le monde, des villes qui basculent brutalement dans l’horreur de la guerre. Villes du Moyen-Orient que des Occidentaux découvrent avec effroi et compassion à travers les écrans de leur télévision ou de leur portable. Je ne les cite pas parce qu’elles sont sur toutes les lèvres et qu’elles rejoignent celles que nous n’oublions pas. Kiev, Marioupol (Ukraine), Khartoum (Soudan), Sanaa (Yémen) et tant d’autres. En écrivant ces mots, j’ai une pensée particulière pour Beyrouth et le Liban tout entier où j’ai de bons souvenirs, où vivent des proches de mes amis, de mes voisins. Je pense aussi à une ancienne collègue dont la belle-famille est à Téhéran. L’empathie n’a pas de frontières.






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