Quelques mois après sa libération, l’écrivain
Boualem Sansal annonçait qu’il quittait son éditeur Gallimard pour rejoindre la
maison Grasset. Coup de tonnerre dans le milieu germanopratin et dans les
médias. Je n’ajouterai pas une louche à la polémique sur le choix de ladite
maison, boudée par d’aucuns sous prétexte qu’elle appartient au groupe
financier Bolloré. Je n’ai que faire de ces querelles politiques ou de censeurs
à la petite semaine. Dans ces maisons d’éditions pointées du doigt travaillent
de vrais professionnels du livre qui ont le goût du travail bien fait et je ne me permettrais aucunement de juger. Par ailleurs, je ne connais ces maisons d’éditions
qu’avec un regard extérieur de lectrice. L’économie du livre est fragile et le
serait moins si nos compatriotes lisaient davantage et si les impôts fonciers
de leurs locaux étaient moins élevés. Même d’illustres maisons doivent avoir
les reins solides pour tenir leur rang dans un milieu très concurrentiel, sans
concessions. Alors peu m’importent leurs choix financiers, leurs choix
éditoriaux. L’édition française n’est pas gouvernée par la mafia à ce que je
sache ! Seules les maisons d’édition à compte d’auteur qui flattent des écrivants
(rarement de vrais écrivains), leur soutirent de l’argent, leur donnent une
honorabilité factice ont droit à mes critiques.
La décision de Boulaem Sansal m’a
pourtant vivement surprise. Ma réaction spontanée a été de me dire : comment
peut-il lâcher un éditeur qui le publie depuis des décennies, l’a soutenu
durant sa captivité et a sans doute éprouvé du chagrin de savoir un innocent
incarcéré dans la geôle d’un régime totalitaire ? Depuis, j’ai lu dans les
médias les arguments de l’écrivain. Et je laisse à chaque partie ses
convictions et ses scrupules. L’affaire ne me regarde pas et le grand public en
ignorera sans doute tous les ressorts. Ce qui a nourri mes pensées ces derniers
temps se situe sur un autre terrain. La complexité, parfois et même souvent,
des liens qui unissent les auteurs avec leurs éditeurs. Quelle que soit la notoriété
de la maison d’édition ou celle de l’écrivain, du reste. Les duos indissolubles,
au respect mutuel que les années ont bonifié en sincère amitié, ne sont pas la
pratique la plus répandue dans le monde de l’édition. En écrivant ces lignes,
je songe à Jean Giono, à son inélégance envers ses éditeurs. Chez Gallimard, on
a souvent vitupéré contre le manque de tact et l’ingratitude de l’homme des collines !
Et combien de livres d’auteurs connus, de nos jours, qu’on voit changer de
jaquette. Question d’argent ? De tractations ou de sympathies peu ou prou intéressées
lors de dîners en ville ? D’agenda de parutions complet ? A
contrario, on a de beaux exemples de fidélités qui font d’Amélie Nothomb ou
Marie-Hélène Lafon les figures de proue de leur maison d’édition respective.
Et chez les petits comme moi ? Qui
remuent ciel et terre à chaque nouveau livre ou presque pour être retenus par
une maison d’édition. Ces moments-là ne sont jamais confortables mais quand un
éditeur choisit de vous éditer, d’engager des frais sans que l’auteur ne
déverse un seul sou c’est un immense soulagement, une joie réelle que ne peuvent
pas connaître ceux qui auront « acheté » la fabrication de leur
ouvrage. J’aurai toujours une immense gratitude pour les quatre éditeurs qui m’ont
publiée à ce jour. Chacun correspond à un moment de ma vie d’auteur, mais aussi
et surtout au type d’ouvrage publié. Et si mon travail me conduit à connaître d’autres
éditeurs à l’avenir, ce sera toujours avant tout une rencontre humaine.
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